L'accident
La contamination
Début 2005, nous sommes exactement au mois de janvier. La nouvelle année commence bien, je suis en première année de baccalauréat professionnel secrétariat, j'ai des bons résultats, à l'entreprise ça se passe bien, enfin presque.
Je ne sais pas pourquoi, mais depuis 2004 je suis destiné ou pré-destiné, a être dans des situations de dangers, embarrassantes qui me blessent et m'affaiblissent. Je suis très vulnérable, je pensais que j'avais changé de ce côté-là, en fait pas du tout ! Toujours aussi faible ! Entre le cambriolage, et les agressions, à croire que j'ai pris un abonnement à ces genres de choses, j'en rigole mais bon c'est la vie !
J'étais à l'époque inscrit dans une salle de remise en forme qui se trouve à Paris, que je fréquentais toutes semaines. Je faisais du BODYPUMP et du RPM, il m'arrivait de faire d'autres sports. Généralement, j'y allais le samedi. Parfois j'y allais en semaine après le boulot. Comme chaque samedi matin, à mon habitude, je me levais, prenais ma douche, mon petit-déjeuner, je vérifiais que je n'avais rien oublié dans mon sac de sport. Le cours de BODYPUMP commençait à quinze heures, afin de ne pas être en retard et de me préparer tranquillement, je partais de chez mon père à treize heures quarante cinq. Il m'arrivait d'arriver largement plus tôt et je participais donc au cours d'abdos-fessiers.
Pour aller à la salle de sport, je prenais le RER à Joinville le Pont, je suis monté en queue de train. J'étais dans un état ressemblant à celui d'un enfant qui ouvre son cadeau d'anniversaire. Je peux expliquer ce comportement parce que le sport me faisait du bien, tant moralement que physiquement. J'appréciais de plus en plus aller au-delà de mes limites. J'étais content, cela me faisait aller beaucoup mieux et je voyais mon corps se dessiner peu à peu, ce qui me ravissais le plus.
Le RER arriva à la station Nation, je descendais du train et j'ai aperçu au loin, à la tête du train, un homme qui descendait bizarrement du RER. Apparemment il ne se sentait pas très bien. J'avançais tout en jetant un oeil sur le jeune homme qui devait avoir dans la trentaine. Tout d'un coup, je le vis tituber et tomber sur des morceaux de bouteilles de verres cassés. Il s'est ouvert la gorge et plein de sang commençait à jaillir. Avant de commencer ma carrière dans le secrétariat je voulais devenir aide-soignant, j'ai préparé un concours pour me former dans ce domaine, mais j'ai dû arrêter parce que je suis trop sensible. Je me suis souvenu des cours de biologie quand je préparai cette formation et un être humain qui a une artère de percer à moins d'une minute pour survivre si on agit pas rapidement. Sans réfléchir je cours vers lui, il y avait pas beaucoup de monde ce samedi là, c'était en plein hiver et le peu de personnes qui passaient à côté se fichaient éperdument de l'homme qui perdait son sang, sans doute parce qu'elles pensaient que c'était un sans domicile fixe.
Je me suis mis à courir vers cet homme, je me suis blessé la main en me coupant avec un morceau de verre en m'agenouillant. De plus la veille je m'étais coupé avec un couteau et pour ne pas arranger les choses, j'avais des gerçures dues au froid. Directement, j'ai pratiqué un point de compression sur le jeune homme, seulement j'aurai du prendre une serviette pour la mettre sous la main, mais le temps était compté et sous la précipitation et la peur, j'ai fait directement le point de compression. C'était la première fois que je me trouvé dans une telle situation.
J'ai essayé du mieux que je le pouvais de rassurer le jeune homme, lui disant que tout ira bien, que les secours arriveront bientôt. De plus je cherchais autour de moi des personnes pour leur demander d'appeler les secours. Il y avait peu de monde, et parmi le peu de gens qui passaient, c'était l'ignorance totale. Je contrôlais la blessure au cou mais plus le temps passait et plus son état risquait de ce compliquer, ce qui m'agaçait sérieusement. Je ne pouvais en aucun cas utiliser mon téléphone portable car si j'enlevais une main cela risquerai d'aggraver l'état de santé du jeune homme. J'essayais de garder mon calme, de manière à ce qu'il ne stresse pas trop, je commençais à lui parler, d'une part pour comprendre ce qu'il s'était passé pour ensuite le dire aux pompiers et d'une autre parce qu'il ne fallait pas qu'il s'endorme afin qu'il ne tombe pas dans le coma. Je lui ai posé pleins de questions : comment il s'appelait ? Qu'est qu'il s'était passé ? Pourquoi, il a eu son malaise ? Sa situation professionnelle... Je ne suis pas un grand bavard et quelques fois de l'être ça sert beaucoup, j'ai eu la preuve se jour là !
Il m'a expliqué qu'il s'était levé le matin, et sans avoir pris de petit-déjeuner, il a fumé une cigarette et pris ses médicaments. Il m'a d'ailleurs dit de le laisser mourir car il en avait marre des médicaments, de la maladie. Bien sûr je ne l'aurai pas laissé tomber, il en était même hors de question, il m'a dit que je risquais de l'avoir et m'a prié de le laisser, je lui ai répondu séropo ou pas, cela m'est égal, qu'il est un être humain comme tout le monde, et que je ne pouvais pas le laisser dans un état comme ça. Il est d'origine étrangère, il avait perdu son travail, à cause de sa maladie, cette après-midi là, il était parti pour se promener et il n'avait rien dans le ventre à part ses médicaments, il a eu un malaise et il est tombé. Il n'avait pas de famille, du moins, il en avait mais lorsqu'elle a appris qu'il était séropositif, elle l'a laissé tombé. Je comprenais pourquoi il me disait de le laisser là.
Les secours n'arrivaient pas et je commençais sérieusement à m'inquiéter, d'une part parce que je savais qu'il ne pourrait pas tenir longtemps, et d'une autre il risquait de sérieuses complications qui pourraient aggraver son état de santé. Cela faisait une heure trente que j'attendais les secours. Une heure trente c'est long, mais pour lui c'était l'éternité ! Je priais pour que les secours viennent, les gens passaient je leurs demandais d'appeler les pompiers ! Purée, ce n'étais pas si dure que ça de composer le 18 !
Enfin, les pompiers arrivaient, cela a été un soulagement pour moi mais aussi pour ce jeune homme car enfin il allait être transporté à l'hôpital et être guérit ! Un pompier me demanda ce qu'il s'était passé et je lui ai raconté tout, également ce que m'avait dit le jeune homme. Le pompier me remercia pour ce que j'avais fait, je lui avait demandé de faire assez vite car il est resté plus d'une heure trente, et je ne voudrai pas que cela se complique. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter qu'ils s'occuperont de lui et feront le nécessaire. Par ailleurs, il m'a dit que ce n'était pas nécessaire que je fasse le test des quarante huit heures car mes blessures n'étaient pas profondes et qu'il n'y avait aucun risque de contamination. Eh ! Moi comme un idiot je l'ai écouté ! Je me suis dit au pire je ferai un test dans trois moi, et je serai fixé. Je suis resté sur le quai jusqu'à ce que les pompiers emmènent le jeune homme à l'hôpital. Ensuite, je suis sorti dehors pour fumer une cigarette, j'étais tout triste, et perturbé, j'avais en vie de pleurer, tant que cela m'avait affecté. La vie est bien cruelle contre les gens biens, tandis que les gens mauvais ils ne leurs arrivent que de bonnes choses. A croire !
Je suis allé au sport mais le coeur n'y était pas, je n'arrivais pas à me concentrer. Prétextant que je ne me sentais pas en forme, je suis parti et je suis rentré chez mon père. Je n'arrêtais pas de penser à ce jeune homme. Même encore aujourd'hui il m'arrive de penser à lui. J'ai cherché à avoir de ses nouvelles, et j'ai appris qu'il était décédé suite à ses blessures. Mon coeur a fait un de ces sauts, il était arrivé bien trop tard à l'hôpital, et un caillot s'était formé ce qui a entraîné la mort. Je ne savais plus où me mettre, je savais que sa famille l'avait abandonné parce qu'il était séropositif, et sans doute il n'y aura personne à son enterrement. J'ai voulu y allé, seulement je n'ai pas pu car son enterrement avait déjà eu lieu. Je ne sais pas où il est enterré. Ça m'a fait beaucoup souffrir.
J'en étais presque démoli, même démoli. J'avais une haine immense contre les gens qui sont passés à côté sans rien faire, sans proposer leur aide ! Ça m'a irrité de voir ces enflures passées en regardant et ne répondant à peine lorsque je leurs demandais d'appeler les secours ! Ils se sont dit : il y a une personne qui s'occupe du blessé donc je peux continuer ma route ! Appeler les secours c'était beaucoup trop leurs demander ! Alors aujourd'hui certains me disent que je suis un héros, parfois j'en ai marre qu'on me dise cela, car je ne suis pas un héros ! Ce que j'ai fait n'a rien d'héroïque ! Ça me gonfle d'entendre cela à un tel point que personne ne peut imaginer. Surtout lorsque ce sont les mêmes personnes qui me le disent et ces mêmes personnes qui ne comprennent rien à ce que je leur ait dit c'est-à-dire ceci : je ne suis pas un héros, car j'ai fait mon devoir, une personne a eue besoin d'aide, je suis venu l'aider, comme tout être humain, on a tous le droit a être soignés, a avoir des soins, j'aurai aimé qu'on fasse la même chose si j'étais dans sa situation. Personnellement je pense que ce sera beaucoup plus dur de vivre avec sa mort sur ma conscience qu'étant devenu séropositif, car c'est une vie, et tout être humain ainsi que tout être vivant à le droit de vivre. Je ne regrette pas ce que j'ai fait, j'ai fait mon devoir du mieux que j'ai pu. Voilà ce que je dis lorsqu'on me dit que je suis un héros ! Et, lorsqu'on y réfléchit bien, il n'y a rien d'héroïque dans le fait de secourir une personne qui en a besoin !
Je tiens d'ailleurs à préciser quelque chose, en fait, je n'ai pas pu sauver ce jeune homme, bien que ce n'était pas de ma faute, je sais on me le dit assez souvent. Pour comprendre ce n'est pas dure, oui, mais il faut le vivre pour voir ce que j'ai ressenti, je ne le souhaite d'ailleurs à personne, non à personne !
C'est beaucoup plus simple de dire ceci, de dire cela. Mais lorsque l'on vit ce moment, c'est très dure ! Ce sentiment d'être impuissant devant une personne qui souffre et dont le seul espoir de s'en sortir, c'est qu'elle soit emmenée d'urgence et le plus rapidement à l'hôpital. C'est dure de ne pas savoir exactement quand les secours vont arriver, de ne pas pouvoir dire à ce jeune homme quand ils vont venir ! Ça m'a été dure d'entendre ce jeune homme me demander s'il va s'en sortir, bien sûr, je lui disait que oui ! J'espérai aussi qu'il s'en sorte ! Oui ! Je le souhaitais de tout mon coeur ! Bien que je savais que plus le temps passait et plus ce sera compliqué, parce que pendant que j'attendais les secours désespérément, pendant ce temps là un caillot se formait et allait être fatale à ce jeune homme, gentil, qui me regardait avec ces yeux qui me semblaient me dire : s'il te plaît aide-moi, tu es ma dernière chance, mon dernier espoir ! Ce regard qui me hante encore aujourd'hui, ce regard de désespoir. Au fond, il pensait trouver un ami, il voulait qu'on se voit une fois qu'il sera sorti de l'hôpital, malheureusement ce ne sera pas le cas. Il était seul, il en avait marre, il pensait être condamné à vivre seul sans personne à qui se confier, s'amuser, créer une vraie histoire d'amitié ! Ce regard, je ne l'oublierai jamais, je ne l'oublierai jamais. Un jeune homme qui avait le coeur sur la main, d'une douceur, d'une gentillesse que peu de personnes ont ! Pendant qu'on attendait les secours, il me parlait de sa vie, de ses envies, de ses projets, comment il était... comment il a contracté la maladie, là aussi c'était dur, il s'est fait violé par un membre de sa famille porteuse du virus, il m'a parlé de l'homme qu'il aimait le plus au monde qui l'a quitté quelques jours plus tôt pour un autre mec plus beau et séronégatif. Il s'était confié à moi, il ne me connaissait pas et il me parlait de choses qu'on ne dit pas à un inconnu ! Alors ! Maintenant, ce que j'ai ressenti, personne ne peut le comprendre, car inconsciemment je commençais déjà à m'attacher à lui, je voulais le revoir, mieux le connaître, peut être vivre ma vie avec lui, bref, je n'ai pas pu le sauvé ! Enfin, je ne suis pas la cause de sa mort ! Non ! C'est à cause de ces gens : que je serai ravi de poursuivre contre non assistance à personne en danger ! D'engager leur responsabilité civile ! Bien sûr il est trop tard aujourd'hui, bien trop tard, et je ne suis pas dupe non plus, je n'aurai jamais retrouvé ces gens qui sont passés ! S'ils savaient la haine profonde que je ressens envers eux ! Est-ce qu'il s'agissait de racisme, je ne le sais pas vraiment, ces gens sont passés en regardant comme s'il s'agissait d'un spectacle, ils ont cru que c'était un étranger sans domicile fixe, je ne sais pas. Purée ! C'est ça la France ! Liberté mon cul ! Faut de l'argent pour l'avoir ! Égalité mon cul ! Nous sommes pas tous égaux la preuve ! Fraternité mon cul ! Il en a aucune la preuve également ! C'était de leur faute s'il n'a pas pu s'en sortir ! J'aurai aimé qu'il s'en sorte ! Je suis triste en pensant à tout cela, que je sois devenu séropositif n'était rien comparer à ce que j'ai ressenti par la douleur de sa mort ! Je m'en veux aussi de n'avoir pas pu gérer autrement la situation, malgré que je n'aurai rien changé du tout !
Donc je suis parti plus tôt du sport, je suis arrivé chez moi le visage déconfit, je n'en ai parlé à personne, ni à ma famille, ni à mes proches, à personne ! J'ai affronté tout cela seul, j'ai fait mon deuil en quelque sorte, je ne peux pas dire que cela ne m'avait pas troublé, j'ai mis des semaines avant de m'en remettre. Puis, la vie continue, mais je ne l'a voie plus pareille depuis ce jour-là !
Les mois sont passés, le mois d'avril arrivait et je suis allé à l'hôpital pour faire mon test. Personnellement, je ne pensais pas l'avoir contracté car comme le pompier me l'avait dit, il n'y avait aucun risque. J'allais m'apercevoir que j'avais tord de penser ainsi. Lorsque j'ai eu les résultats, le médecin m'a expliqué que j'avais des traces du virus, et que pour en être sûr que je sois séropositif, il fallait que je fasse le western blott, c'est-à-dire une deuxième prise de sang pour savoir si je suis séropositif ou non. Il m'a dit qu'entre temps, le corps pouvait rejeter le virus comme c'est le cas de un pour cent de la population mondiale. Mon coeur s'est mis à battre, et je fus pris d'une crise d'angoisse, j'espérai que le deuxième test serait négatif car dans le cas contraire tout changerai pour moi. Sur le chemin du retour, pour rentrer chez mon père, pleins de questions me traversaient l'esprit. Dois-je dire toute la vérité à ma famille ? Si le deuxième test est négatif, je ne vois pas l'intérêt de leur faire des frayeurs ! Mais, s'il est positif ? Que dois-je faire ? Si je leur dit, cela suppose que je leur explique pourquoi ? Que je leur dise ce qu'il s'était passé ce fameux samedi, au mois de janvier 2005 ! Un samedi comme les autres et qui fut malheureusement à marquer d'une croix !
Finalement, j'ai tout raconté (enfin presque, je leur ai dit simplement que j'avais fait un point de compression à un homme qui a eu un malaise, mais pas le reste). Mon père ma dit que je ne devais pas m'inquiéter car les résultats du test montrent que j'ai seulement des traces, et qu'elles peuvent disparaître et tout s'arrangera ensuite, et rien ne dit que je l'ai. Quelques semaines après, je suis allé faire le western blott (je ne suis plus sûr de l'orthographe), et j'attendais les résultats avec impatience. Le jour venu, le médecin m'a reçu et m'a dit « Monsieur PINON, d'après les résultats du western blott, je vous confirme que vous êtes bien séropositif », il ne me l'a pas dit vraiment de cette façon, je ne me rappelle plus exactement, mais, il m'a confirmé ce que je redoutais d'entendre « séropositif », ce mot qui cognait dans ma tête. Justement dans ma tête que se passait-il? Ça fusait, le suicide m'est venu à l'esprit, et puis la raison a fait que j'ai écarté cette possibilité là, car je veux vivre et vivre toute ma vie et pas question qu'une putain de maladie engendrée par un putain de virus me gâche mon existence !
Je me reprenais tout doucement sur le chemin qui mène chez mon père, je pensais à la façon de leur dire ! Est-ce que je devais attendre que j'encaisse le coup, et que j'accepte de vivre avec et forcément apprendre à vivre avec et vivre une vie différente qui va changer beaucoup de choses ! Ou je leur dit directement ? Finalement quand je suis rentré, je leur ai dit, mon père n'a pas trop réagit, il craquera bien plus tard, lorsque ma grand-mère sera à l'hôpital. Mes soeurs, je ne me souviens plus exactement. Quant à ma mère, elle avait téléphoné le soir même pour avoir de mes nouvelles, elle ne voulait pas craquer au téléphone, elle m'a demandé de lui passer ma soeur, elle ne voulait pas que je l'entende pleurer. Notre voisine, lui avait parlé, elle en était bouleversée également. Elle est aussi très géniale notre voisine. Je l'adore beaucoup.
J'ai loupé quelques jours de travail, car je n'étais pas en forme, et à vrai dire je n'avais pas envi de travailler, bien entendu l'entreprise avait vu cela d'un mauvais oeil, donc pour sauver ma place, j'ai tout avoué à mon tuteur, comme à mes collègues qui eux se sont doutés que je l'avais contracté, je ne m'étale pas dessus. J'en ai parlé à mes camarades du CFA qui m'ont alors soutenu, et montré que je pouvais compter sur elles.
Tout aller changer dans ma vie. Avant je tenais une grande importance sur le travail, depuis que je suis séropositif, je profite plus de la vie car je sais que ma vie est en sursit.